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Pas bouger

D'Emmanuel Darley

Mise en scène : Delphine Collette-Nolin

Interprété par Matthieu Nolin (A) et Pierre Remund (B)

Durée : 60 minutes

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Dans Pas bouger, Emmanuel Darley met en scène la rencontre improbable de deux hommes que tout semble opposer.

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Il y a A. Un homme en marche. Depuis « le départ », on lui a donné une mission : avancer droit devant lui, vers le coucher du soleil, jusqu’à ce qu’il rencontre un cycliste. C’est une consigne, presque une prophétie. Peut-être le but de sa vie. Alors A marche. Il progresse, fidèle à cette parole donnée au commencement.

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Et puis il y a B. Un homme immobile. Figé dans l’attente. Comme un soldat de terre cuite de l’empereur Qin Shi Huang, il se tient là, dans une immobilité obstinée. B ne peut pas bouger. Il attend un signe qui l’autorisera à entrer dans le mouvement. En attendant, il se répète inlassablement ce commandement qu’il se donne à lui-même :
« Pas bouger. »

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Lorsque leurs chemins se croisent, ces deux figures que tout semble séparer — l’un tourné vers la marche et la quête, l’autre vers l’attente et l’immobilité — entrent en dialogue.

Ils se rencontrent, s’éloignent, se retrouvent, font un bout de chemin ensemble puis se séparent à nouveau, comme les êtres humains le font au fil de leur existence.

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La pièce est construite en six parties, rythmées par l’alternance du jour et de la nuit. À travers leurs échanges, chacun affirme sa manière d’habiter le monde : d’un côté le mouvement, la découverte, l’élan vers l’inconnu ; de l’autre la contemplation, l’attente, une forme de présence presque cosmique au temps qui passe.

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Mais loin de s’opposer, ces deux figures finissent par révéler une interrogation commune :
comment vivre ?

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À travers une écriture à la fois dépouillée, drôle et profondément poétique, Emmanuel Darley compose une fable philosophique où la marche et l’immobilité deviennent deux manières d’explorer l’existence.

Note d'intention 

Pas bouger est une reprise au sein de la compagnie, mais cette nouvelle création porte aujourd’hui ma vision toute personnelle de la pièce et de l’écriture d’Emmanuel Darley.
J'ai été profondément touchée par ce texte qui décrit cette rencontre incongrue de ces deux univers, de ces deux visions de la vie façonnées par des injonctions familiales et sociétales profondément ancrées, et qui est venu bousculé et réveillé mes propres interrogations sur le sens de nos vies et comment nous décidons de les mener, souvent malmenés par des injonctions inconscientes qui brouillent les pistes et nous perd en chemin. 

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Dans Pas bouger, deux personnages : 

D’un côté, il y a A, à qui l’on a dit dès le départ qu’il devait avancer, marcher vers quelque chose. Un jour, il saura : un signe apparaîtra : un cycliste… peut-être une femme. Toute son existence repose sur cette promesse. Il marche droit devant lui, persuadé que quelque part l’attend la révélation de ce qu’il est venu accomplir.

​De l’autre côté, il y a B, Ming. Lui porte le poids d’un héritage ancestral : celui de l’immobilité. Ne rien changer. Rester là. Entre eux. Pas bouger. Fidèle à une tradition qui semble avoir toujours existé, il attend le signe qui l’autoriserait enfin à entrer dans le mouvement.

​Chacun d’eux est finalement prisonnier d’une croyance transmise dès le départ. Deux trajectoires opposées se font face : d’un côté le mouvement et la quête, de l’autre l’immobilité et la contemplation.

De leur rencontre naît peu à peu une interrogation essentielle : comment vivre ?​

Au fil de leurs échanges, chacun infuse l’autre de son histoire, de ses certitudes et de ses doutes. Ce qui ressemble d’abord à un rapport de force se transforme progressivement en un espace d’écoute et de questionnement. Une forme d’amitié inattendue émerge alors, ouvrant une brèche dans des croyances qui semblaient jusque-là immuables.

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Le texte d'Emmanuel Darley porte en lui un souffle presque beckettien : les personnages semblent parfois tourner en rond, pris dans des logiques qui les dépassent. Pourtant, l’humour qui traverse l’écriture vient alléger cette tension et révèle la profonde humanité de ces deux êtres qui tentent, chacun à leur manière, de comprendre le sens de leur existence.

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La scénographie est volontairement dépouillée. L’espace est presque vide : un lieu ouvert et indéterminé où une souche persiste comme unique repère. Ming y apparaît d’abord immobile, presque confondu avec le paysage. Peu à peu, ce corps figé commence à fissurer les codes et les limites imposées par des rituels ancestraux.

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Cette mise en scène est pensée pour se déployer aussi bien en salle qu’en extérieur. La lumière y est naturelle, ou pensée comme telle. Les scènes s’enchaînent sans noir de transition : le temps ne se coupe pas, il se poursuit. Cette continuité laisse apparaître les trajectoires des personnages, leurs détours et cette impression de tourner en rond qui traverse la pièce, que ce soit pour A dans sa marche obstinée ou pour B dans son immobilité.

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Une lenteur est volontairement installée. Le temps s’étire afin de révéler l’aspect intemporel de la pièce. Rien ne permet réellement de situer l’action dans un lieu ou une époque précise : l’espace devient un territoire symbolique, presque un paysage mental où se déploie la rencontre.

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Le rythme est ponctué par le gong et le chant d’un bol tibétain. Ces vibrations soulignent une dimension ancestrale, comme des résonances venues d’un temps ancien, rappelant que les croyances qui façonnent les personnages s’inscrivent dans une mémoire collective plus vaste qu’eux.

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Dans le jeu d’acteur, deux présences physiques très distinctes se déploient.

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A, interprété par Matthieu Nolin, est traversé par une agitation permanente. Son corps semble habité par une urgence intérieure : il avance, accélère, s’impatiente. Chez lui, le corps et l’esprit sont toujours projetés vers l’avant.

B, incarné par Pierre Remund, porte au contraire une présence ancrée, presque minérale. Il incarne une force ancestrale, une mémoire immobile qui traverse le temps. Sa voix semble surgir d’un silence très ancien, comme si elle redécouvrait elle-même la possibilité de résonner après tant d’années d’attente.

Entre ces deux corps - agitation et immobilité, quête et contemplation - se déploie progressivement un espace de dialogue et de transformation.

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À travers cette rencontre improbable, Pas bouger ouvre un questionnement profondément humain :
sommes-nous condamnés à suivre les chemins tracés pour nous, ou pouvons-nous inventer une autre manière d’exister ?

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Delphine Collette-Nolin

Note de l'Auteur

Une figure en mouvement, obsédée par son but, trace son chemin devant nous à grands pas. Majordome improbable. Don Quichotte des lignes droites. Voit sa course effrénée vers l'avant stoppée net, ralentie du moins, par la rencontre d'un homme immobile, comme un homme de sel lentement raboté par le vent, un homme parfaitement immobile, puis deux, puis trois. Tous identiques. Copies conformes. Ne faisant finalement qu'un. De plus en plus balayé par le vent, pétri de solitude. Tente bien, la figure en mouvement, de

poursuivre sa route, d'éviter l'obstacle, mais la tentation d'être deux, d'échanger enfin quelques mots, et, ainsi, d' exister est plus forte. Vont ensemble interroger leurs absurdités - respectives, les bousculer et laisser s 'instaurer entre eux comme une amitié inconnue. Oui, vont de conserve progresser, regarder de leurs ailleurs le monde, étrangers permanents, étrangers solidaires. L'un et l'autre, à force de bouts de phrases, d'incompréhension et de déchiffrage, finiront par se trouver sur la même ligne de fuite, et aperccevront ensemble la terre promise, là-bas au bout, quelque chose de la liberté.

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Emmanuel Darley

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